Déclaration de l'Alliance européenne Laudato Si' à l'occasion de la neuvième Journée mondiale des pauvres
Alors que le monde célèbre la neuvième Journée mondiale des pauvres, l’Alliance européenne Laudato Si’ (ELSiA) renouvelle son appel à la justice, à la solidarité et à une transformation systémique. S’appuyant sur la vision d’écologie intégrale du pape François et poursuivie sous le pontificat de Léon XIV, cette déclaration exhorte l’Union européenne à prendre des mesures décisives contre la pauvreté dans le monde, notamment en s’attaquant à la crise de la dette qui accable de nombreux pays du Sud. La réflexion ci-dessous souligne combien la foi, la compassion et les politiques publiques doivent s’unir pour bâtir un monde où personne n’est laissé pour compte.

Bruxelles, 16 Novembre 2025
Réunis par la mission de protection de la création et de justice mondiale, nous, en tant que membres de l'Alliance européenne Laudato Si' (ELSiA), célèbrent la neuvième Journée mondiale des pauvres, une journée instituée par le pape François en 2017 pour que les catholiques et les communautés chrétiennes réfléchissent à l'indissociabilité de la foi et de l'amour des personnes vivant dans la pauvreté, et pour qu'ils manifestent cet amour avec encore plus de ferveur. Dans la continuité de l'héritage du pape François, le pape Léon XIV, lors de son premier et dernier pontificat, a instauré une nouvelle journée pour les catholiques et les communautés chrétiennes. Exhortation apostolique Dilexi TeELSiA souligne que « la condition des pauvres est un cri qui, tout au long de l’histoire humaine, interpelle sans cesse nos vies, nos sociétés, nos systèmes politiques et économiques, et, surtout, l’Église ». Inspirés par cet appel, nous exhortons l’Union européenne à œuvrer activement pour l’élimination de la pauvreté dans le monde. En particulier, en cette année 2025, en accord avec des centaines d’autres organisations de la société civile et l’un des appels lancés à l’occasion du Jubilé 2025 par le pape François, ELSiA demande à l’UE de soutenir une approche transformatrice face à la crise de la dette mondiale qui frappe actuellement les pays du Sud.
Nous saisissons cette occasion pour affirmer que toute société se doit, sur le plan moral, de traiter les personnes les plus vulnérables et qu'une option préférentielle doit être accordée aux personnes vivant dans la pauvreté. Cette attention particulière portée aux victimes de discrimination et d'oppression doit être au cœur du rôle de l'UE dans la coopération internationale et les négociations sur la dette.
La crise de la dette actuelle est la pire de l'histoire. Elle touche plus d'une centaine de pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI), confrontés à un choix impossible : payer les intérêts d'une dette insoutenable ou investir dans les services essentiels. En l'absence d'une gouvernance démocratique internationale de la dette, quarante-huit PRFI consacrent une part plus importante de leur budget au remboursement des intérêts qu'à la santé ou à l'éducation, ce qui aggrave la pauvreté et les inégalités. Ils paient des taux d'intérêt bien plus élevés que les pays à revenu élevé.
Des enseignants et des infirmières sont sacrifiés tandis que des services publics essentiels sont démantelés pour rembourser des prêts à taux d'intérêt élevés à de riches créanciers. Les négociations sur la dette se déroulent sans transparence, sans règles établies et sans participation suffisante de la société civile. Elles sont abordées principalement sous un angle financier, négligeant leur impact sur la capacité des États à assumer leur rôle de premiers garants de la fourniture des services de base à leurs populations. Il ne s'agit pas de politiques et de mécanismes qui prennent pour point de départ leurs conséquences sur les personnes vivant dans la pauvreté.
Ce dont nous avons besoin, en revanche, c’est de « faire un choix décisif et radical en faveur des plus faibles », comme le demande le pape Léon XIII dans son évangile. Message pour le 9th Journée mondiale des pauvresLes dirigeants de l'UE peuvent faire ce choix. Ils peuvent reconnaître les graves limites des mécanismes actuels de restructuration de la dette et examiner comment ceux-ci ont contribué à aggraver la pauvreté, la discrimination et l'oppression dans les pays du Sud.
L’UE peut œuvrer à la réforme de l’architecture de la dette mondiale, l’une des principales causes structurelles de la pauvreté, en reconnaissant que « l’aide aux pauvres relève de la justice avant tout de la charité ». Concrètement, l’UE peut lutter contre la faim, la pauvreté et la souffrance en soutenant la mise en place d’un cadre de résolution de la dette au niveau des Nations Unies, s’appuyant sur l’article 50, point f), du Compromis de Séville.
Face aux nouvelles formes d’appauvrissement dans le monde, il s’agirait d’un pas important vers un avenir où chacun dispose d’un logement, d’une alimentation suffisante au quotidien, d’un accès aux soins de santé et à une éducation de qualité. En cette Journée mondiale des personnes les plus démunies, c’est ainsi que l’UE peut offrir des signes concrets d’espoir et affirmer son rôle moteur dans la reprise d’un multilatéralisme fondé sur la coopération et l’objectif commun d’une paix durable, ancrée dans l’inclusion et la collaboration entre les peuples.
Contacts pour les médias:
Giorgio Gotra, coordinateur d'ELSiA, coordinator(at)elsialliance.org
Crédit photo : Caritas Europe [2025]

